Minorque, un mini-paradis en Méditerranée

Plus petite que Majorque, plus paisible qu’Ibiza, Minorque est surtout la plus préservée des îles des Baléares. Une vraie beauté sauvage.

Minorque est la première île des Baléares à voir apparaître le soleil le matin. C’est là l’un des multiples privilèges que lui a accordé Dame Nature… Toujours verdoyante, même en été, cette enclave espagnole déroule des paysages typiquement méditerranéens, entre pins, oliviers et bois de chênes verts. Avec toujours la mer en toile de fond. Du Nord sauvage et déchiqueté jusqu’au Sud, plat à première vue mais ponctué de ravins, se succèdent les plateaux, collines et vallons à perte de vue : un décor naturel parfaitement conservé et jamais monotone qui s’apprécie pleinement en grimpant au sommet du mont El Toro à 358 mètres d’altitude, avec sa vue à 360°. Une route principale traverse Minorque d’Est en Ouest sur 50 km. Tout le reste n’est que voies secondaires et chemins confidentiels. Une impression de calme et de sérénité règne partout, un peu comme si le temps avait suspendu son vol. L’air est chargé d’embruns, embaumé par le parfum de la camomille. Parfois, un lapin sauvage fait une apparition fugace au détour d’un sentier…

Des murets quadrillent cette douce campagne sur une longueur totale estimée à 70 000 km et les plus anciens ont 4 000 ans ! Ils suivent docilement les courbes du relief et les contours des domaines agricoles et viticoles qui abritent d’élégantes demeures (les fameuses fincas). Selon une technique ancestrale encore en vigueur, les pierres sèches sont posées les unes sur les autres, sans ciment, pour faire barrage au vent du Nord, la Tramontane, qui souffle parfois très fort en hiver (mais qui a l’avantage de balayer les nuages !). Les murets, complétés par des barrières en bois d’olivier sauvage très typiques elles aussi, servent ainsi à protéger les plantations, mais aussi à empêcher les vaches de s’échapper des pâturages. En plus d’être efficaces, ils contribuent à donner beaucoup de charme et de caractère à cette île que les habitants, très respectueux de l’environnement bien avant que cela devienne une préoccupation mondiale, ont réussi à faire déclarer « réserve de biosphère » par l’Unesco en 1993.

L’une des conséquences les plus concrètes, c’est qu’une construction ne peut jamais dépasser la hauteur d’un arbre, soit deux étages, pas plus. Centre névralgique de cette réserve, le parc naturel de s’Albufera d’Es Grau forme un ensemble impressionnant, avec notamment le spectaculaire cap de Favaritz et l’île de Collomi, en face. Cette zone humide (l’une des plus importantes d’Europe) représente pour les amoureux de nature vierge un site idéal d’observation des oiseaux, en particulier des espèces marines et migratoires et des rapaces. Elle illustre parfaitement l’exceptionnelle biodiversité de l’île, qui compte pas moins de 1 400 espèces de végétaux et plus de 200 espèces d’oiseaux.

Sept fois plus petite que Majorque, Minorque est entourée de 216 km de côte et de plus de 70 plages, calanques et criques. Les plus paradisiaques, avec sable fin, eaux turquoise et cristallines, se concentrent dans le Sud. Certaines, comme Son Xoriguer ou Son Bou, qui s’étire sur quelque 2 km, sont très prisées des adeptes de baignade et de détente au soleil. D’autres, comme Binibeca Vell avec sa paillotte les pieds dans l’eau, sont plus tranquilles. D’autres encore, telles Es Talaier, fréquentée par les locaux, ou Macarelleta avec son décor de carte postale, sont plus isolées : accessibles uniquement à pied ou par la mer, elles ont pu conserver leur beauté brute.

Au Nord, les plages recouvertes de sable gris ou de galets et bordées de hautes falaises offrent une atmosphère paisible ou tourmentée selon l’humeur de la mer,  mais toujours un décor sauvage, à l’image de Cavalleria, nichée dans une réserve marine. Au large se profile la silhouette de quelques îlots seulement habités par des lézards noirs, le symbole de Minorque que l’on retrouve sur les drapeaux et les tee-shirts des touristes.

De multiples activités nautiques permettent de profiter au maximum de ce patrimoine naturel exceptionnel, de la sortie en voilier à la plongée sous-marine, en passant par les balades en kayak ou en paddle, seul moyen de pénétrer dans les innombrables grottes creusées par l’érosion marine et d’accéder à des criques secrètes. Des excursions en mer sont également organisées au départ des principaux ports de l’île. Sur terre, on se promène à pied sur les sentiers côtiers, à cheval dans les marais ou à vélo sur les chemins tranquilles et les itinéraires balisés. Parmi eux, l’incontournable Cami de Cavalls, une ancienne voie militaire de 185 km de long qui suit scrupuleusement le littoral et qu’il faut emprunter tronçon après tronçon, en prenant son temps. Il offre des panoramas à couper le souffle sur la Méditerranée et un aperçu complet des écosystèmes présents sur l’île.

Tous les parcours de l’île aménagés pour la promenade et la découverte sont truffés de curiosités, phares, moulins, tours de guet, forts et fermes coloniales, qui se fondent harmonieusement dans le paysage et illustrent une histoire mouvementée : Minorque a été conquise par la France en 1756, puis par l’Angleterre à partir de 1763 et jusqu’à la fin du XVIIIe siècle. Sa situation géographique au centre de la Méditerranée en a fait l’un des lieux de passage d’innombrables explorateurs, marchands, militaires et navigateurs au fil des siècles. C’est encore vrai aujourd’hui pour les plaisanciers qui considèrent Minorque comme l’un des principaux centres nautiques au milieu de la Grande Bleue.

Plus de 1 000 vestiges archéologiques disséminés sur l’île sont les gardiens d’un passé beaucoup plus ancien encore : on les appelle taulas, navetas et talayots. Ce sont des constructions en pierres réunies dans un itinéraire culturel, la « route talayotique », du nom de la civilisation qui s’est développée aux Baléares pendant la préhistoire. La naveta des Tudons (un monument funéraire), Torralba d’en Salord (un sanctuaire divin) et le village de Trepuco sont les monuments les plus visités. Minorque est une terre de légendes et chaque site préhistorique a la sienne. Les invasions diverses et les périodes de domination britannique ont également façonné la physionomie et l’identité des villes et villages de l’île. A Sant Lluis, Es Castell, Es Mercadal ou Fornells, les maisonnettes aux façades d’un blanc parfait ou joliment colorées s’alignent sagement. L’animation vient des terrasses où les cafés sont servis noirs ou avec un nuage de lait, à toute heure de la journée. Les petites épiceries familiales vendent les fameux fromages locaux, les nougats et biscuits traditionnels notamment à base d’amande.

Plus grande et considérée comme la capitale de l’île, Mahon est une ville résolument tournée vers la Méditerranée avec un front de mer rempli de restaurants de poissons, qui font face à une rangée de bateaux de pêcheurs et de yachts rutilants. En surplomb de la rade, un dédale de rues invite à la flânerie. Mais la plus belle cité de l’île reste sans doute Ciutadella, avec son centre historique à l’élégance parfaite. Il faut arriver par la plaza des Born, admirer ses trois palais aristocratiques, puis s’arrêter devant l’imposante cathédrale à la façade couleur sable édifiée au XIVe siècle à l’emplacement d’une mosquée dont il reste un minaret. Puis ensuite se perdre dans les ruelles piétonnes sans hésiter à jeter un œil dans les cours intérieures pour apercevoir des escaliers majestueux et des balcons travaillés en fer forgé… La curiosité n’est pas un vilain défaut à Minorque.

Les petits trucs en plus… et en moins :

Le + : Ciutadella, une merveilleuse surprise qui vaut à elle seule le déplacement.

Le – : certaines plages sont bondées en haute saison et perdent tout leur charme.

www.menorca.es

Photos : Pascale Béroujon

Article reformaté pour le web – Parution initiale dans Version Femina, 2016.

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