Le Havre, à bon port

Organisée pour les 500 ans de la cité normande, la manifestation « Un été au Havre » a révélé d’une manière vivante et très contemporaine toute sa singularité et sa poésie urbaine.

« Un été au Havre » a eu lieu de mai à novembre 2017. Avec cet événement, la cité portuaire normande fondée en 1517 s’est offert une fête d’anniversaire au long cours : cinq mois tambour battant, entre parades et spectacles, expositions et installations artistiques à ciel ouvert. Ici, un immense rétroviseur sur le toit de la gare, là des arches de containers entremêlées, un peu plus loin des cabanes de plage multicolores….

Le Havre a 500 ans et pourtant, elle est considérée comme une ville jeune. Sa voisine Honfleur, par exemple, est deux fois plus ancienne ! Et pourtant, son histoire n’est pas un long fleuve tranquille… En 1517, François 1er ordonne la création à l’embouchure de la Seine d’une alternative aux ports d’Harfleur et Honfleur, menacés d’envasement. « Le Havre de Grâce » est né. Pendant deux siècles, ce nouveau port a essentiellement une vocation militaire. Au XVIIIe siècle, il profite de l’essor fulgurant du commerce maritime. Les armateurs font fortune. Le Havre annexe les villages environnants et multiplie sa superficie par cinq. La ville connaît un nouvel âge d’or avec la Révolution industrielle au XIXe siècle, puis au début du XXe siècle avec la mode des bains de mer. Elle devient alors une station balnéaire prisée et le port d’attache des paquebots qui assurent des croisières transatlantiques vers New York.

L’euphorie s’arrête net avec la Seconde guerre mondiale : le centre est bombardé sans relâche. En 1945, elle compte parmi les villes les plus sinistrées d’Europe avec un sombre bilan : plusieurs milliers de morts, 20 000 logements détruits et 80 000 habitants sinistrés.

La reconstruction est confiée à l’architecte Auguste Perret, qui recrute une centaine de collaborateurs. Il adopte les mêmes standards pour tous les immeubles, regroupés en îlots, autour d’une cour plantée centrale. Et surtout, il choisit d’utiliser des carrés de béton préfabriqué, un matériau bon marché et tout nouveau à l’époque. Il le mélange à de la poudre de marbre, du grès rose, de la brique ou des carreaux de Seine pour varier les teintes et insère des claustras (des carrés de béton ajourés) pour améliorer le rendu esthétique. Auguste Perret a ainsi fait du Havre un laboratoire architectural à grande échelle et contribué à lui donner une identité urbanistique forte et avant-gardiste, qui lui a valu une inscription au Patrimoine mondial de l’Unesco en 2005.

Pour mieux comprendre l’héritage d’Auguste Perret, il faut participer à une visite guidée de l’Appartement témoin : une reconstitution fidèle de ses ISAI (immeubles sans affectation individuelle) où étaient relogés les Havrais dans l’après-guerre. La luminosité optimale, la double orientation, l’agencement en open space en font un modèle de confort, étonnant de modernité. Le mobilier, l’électro-ménager, les vêtements et les jouets des enfants : tout est d’époque !

A deux pas de là, l’imposant hôtel de ville tout en béton illustre lui aussi le génie d’Auguste Perret. Du haut de sa tour, au 17e étage, il offre une vue à 360° sur la ville et le port. Plus près du front de mer, l’église Saint-Joseph constitue l’un des projets les plus spectaculaires de la reconstruction menée par Auguste Perret. Tel un gratte-ciel, elle se repère de loin à sa tour-lanterne qui culmine à 107 mètres de hauteur et n’est pas sans rappeler le toit de l’Empire State Building new yorkais, surtout la nuit. A l’intérieur, elle impressionne par ses volumes et ses 12 000 vitraux de différentes formes et couleurs, œuvre de l’artiste Marguerite Huré, qui jouent avec la lumière entrante au fil de la journée.

La ville doit aussi son rayonnement actuel à un autre architecte : le brésilien Oscar Niemeyer (concepteur de la capitale de son pays, Brasilia), qui a érigé en 1982 une magnifique maison de la Culture, devenue le Volcan, qui abrite aujourd’hui la Scène nationale du Havre, et en contrebas, une bibliothèque au design intérieur époustouflant. Entre les courbes voluptueuses du Volcan et les perspectives rectilignes des immeubles d’Auguste Perret, tout autour, le contraste est saisissant.

Cette tradition d’excellence architecturale se perpétue ailleurs encore : sur les falaises de la très chic Sainte-Adresse ou sur les collines de la ville haute (accessible par un funiculaire ou par des dizaines de rangées d’escaliers) se mêlent manoirs anglo-normands, bâtisses Art déco et Art nouveau, villas ultra-contemporaines, chalets de bois… et même des maisons en forme de paquebot !

Dans le quartier Saint-François (l’un des plus anciens de la ville), la Maison-musée de l’Armateur, avec sa superbe verrière, témoigne du quotidien fastueux des riches négociants au tournant du XIXe siècle. Le paysage urbain du Havre comprend aussi quelques curiosités plus récentes comme les logements d’étudiants et la salle de spectacle le Tetris construits avec des containers, les Docks Vauban réhabilités, la bibliothèque universitaire avec son escalier hélicoïdal ou encore la piscine Les Bains des Docks de l’architecte Jean Nouvel avec ses blocs asymétriques.

Et en 2018, il faudra encore venir voir le réaménagement du Quai de Southampton par le plus connu des paysagistes français, Michel Desvigne, qui prolongera la promenade en bord de mer… Car Le Havre, n’est pas seulement une cité portuaire, mais aussi, rappelons-le, une agréable destination balnéaire avec une plage de 2 km de long bordée de jardins et de terrasses tournées vers la mer. Une ville dont une ligne de tramway a pour terminus la station « La plage », voilà qui fait rêver, non ?

Les trucs en plus… et en moins

Le + :  L’intérieur de l’église Saint-Joseph vaut à lui seul le déplacement. Il est bluffant par ses volumes, ses perspectives vertigineuses et ses jeux de lumière.

Le – : La beauté du Havre ne saute pas aux yeux… Pour dépasser la première impression, souvent négative, il faut de la persévérance. Et un bon guide : par exemple l’application Un Été au Havre​, disponible gratuitement sur Google Play et l’App Store.

www.lehavretourisme.com

www.uneteauhavre2017.fr

Photos :

OTAH / © Hilke Maunder – © Ludovic Maisant – © Patrick Boulen – © Ludovic Maisant – © Hilke Maunder – © Ludovic Maisant – © OTAH – © Erik Levilly – © Hilke Maunder – © OTAH – © Ludovic Maisant.

Article reformaté pour le web – Parution initiale dans Version Femina, 2017.

1 Commentaire

  1. Trop bien … ça donne vraiment envie d’y aller ! Bravo et merci 🙂

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